Siem Reap Musée de la Guerre, rencontre avec un Khmer rouge

Après notre arrivée inattendue, et cette belle soirée de jour de l’an à Siem Reap, Piseth et Keo viennent nous chercher comme prévu vers 9h30 (ça pique un peu) . Le taxi de Piseth est un 4×4 tout neuf, climatisé et il nous a même prévu une glacière avec des boissons fraîches. Ce sera donc tout confort que nous allons visiter les temples d’Angkor pour ce premier jour de l’année, et ce n’est pas pour nous déplaire.

Nous faisons une petite halte chez un primeur pour acheter quelques fruits pour le petit dej, puis nous allons acheter nos tickets d’entrées pour les temples.

Mais avant de nous attaquer à la visite de cet immense site que sont les temples d’Angkor, Keo et Piseth nous emmènent visiter un musée tenu par un de leurs amis dont ils nous avaient parlé la veille. Ce musée expose des armes et des photographies de la guerre civile, on savait donc que cette visite n’allait pas être des plus légères, mais on ne se doutait pas qu’elle allait être aussi forte émotionnellement.

visite musée de la guerre

Cambodia War Remnant Museum

Keo nous propose d’être notre guide, cela faisait 3 ans qu’il avait arrêté de faire visiter ce musée, car c’était devenu trop difficile pour lui nous a t-il confié. Mais aujourd’hui, il a envie de partager avec nous cette période très difficile de sa vie, car pour lui ce devoir de mémoire est important.

Les premières salles sont dédiées aux armes utilisées, et je peux vous dire que ça fait froid dans le dos, Keo nous explique les conflits qu’il pouvait y avoir entre les Khmers rouges et les Khmer blancs, lui était blanc… Dans ces entre faits, un homme se joint à nous, il est un des fondateurs du musée. Keo nous le présente : Voici mon ami Mr. Soun, Khmer rouge.

Mr. Soun

Mr. Soun

Sur le coup nous sommes un peu étonné, car pour nous occidentaux, les Khmers rouges étaient les ‘méchants’… Nous serrons la main de cet homme qui à le regard droit et intense. Carole le prend en photo avec une drôle de sensation. Il nous demande d’où nous venons.

Ah la France, un pays où vous êtes en paix depuis longtemps, bienvenue dans mon musée, nous discuterons ensemble à la fin de la visite je vous raconterais mon histoire.

Nous poursuivons la visite dans le jardin et Keo nous explique comment certains territoires on été minés, a quel point cela a été catastrophique même des années après la guerre…

La deuxième partie du musée est une exposition photo, on peut voir des clichés des deux camps, souvent des personnes très jeunes y figurent, armés, le regard d’une profonde tristesse. Keo et Mr. Soun étaient comme un de ces enfants. Je ne vous cache pas qu’à plusieurs reprise, notre nouvel ami avait les larmes aux yeux lorsqu’il nous racontait tout ça. Et ça m’est vraiment difficile de vous le raconter sur cet article.

A l’entrée du musée, Mr. Soun nous attend assis avec d’autres personnes. Nous nous installons devant lui et il nous demande de lui poser toute les questions que l’on veut… Après avoir vu toutes ses images, et écouté Keo, on s’est senti tellement gênées, petites, intimidées, que rien n’est sorti…

Il prend les devants et nous raconte sa vie, que je vais essayer de vous résumer dans ces quelques lignes.

Alors qu’il était encore enfant, la guerre avait déjà commencé, lui et ses parents, et ses sœurs vivaient paisiblement dans un village. A cette époque ses parents se font assassinés, la population s’est dispersée, à tel point qu’il n’a jamais su ce qu’étaient devenues ses deux sœurs.

Les soldats lui ont mis des armes dans les mains, en lui disant, voilà ton nouveau meilleur ami, si tu veux vivre il va falloir t’en servir. Voilà comment il est devenu sans le vouloir, un Khmer rouge, une question de survie pendant des décennies. Une vie faite d’horreur et de peur, conditionnée pour faire la guerre, sans jamais comprendre vraiment pourquoi. C’était soit lui, soit les autres… Lorsqu’on est un enfant, qu’on vient de perdre sa famille, que son pays tout entier est dans le KO le plus total, vous n’avez pas le choix, on vous conditionne pour ça, vous n’avez plus d’éducation, votre vie, votre quotidien c’est la guerre, il n’y a pas d’échappatoire.

Puis la guerre s’est terminée, et il a fallut tout reconstruire, et surtout SE reconstruire, comme on peut.

C’est alors qu’il nous dit:

Mais je voudrais vous parler d’aujourd’hui, de maintenant, de demain. On ne veut pas répéter les mêmes erreurs, aujourd’hui je suis amis avec Keo qui est Khmer blanc, alors qu’hier on se serait entre tué, sans savoir pourquoi. La seule chose qui peut sauver un peuple, c’est l’éducation. Si nous avions été mieux éduqué à l’époque, on aurait compris qu’on se faisait manipulé par le gouvernement. Mais toutes les personnes qui étaient instruites se faisaient soient tuées soit emprisonnées. Alors je me dis que plus la population sera éduquée moins nous aurons de chance que cela se reproduise. C’est pourquoi j’ai crée ce musée, les fonds nous aident à donner des courts d’anglais aux enfants dont les parents sont pauvres. On a aussi crée un potager, on fait la cuisine avec eux, c’est important de faire des choses ensemble, de communiquer… de se comprendre… il n’y a que comme ça qu’on est plus fort.

BIM! La claque!

Cet homme devant nous qui avait vécu le pire, perdu tant d’amis, vécu tant d’atrocités, a un putain d’espoir ! Il aime encore la vie et les gens! et surtout il agit pour ça! Ouai, et bin ça nous a fait chialé…

J’avais jamais vu Carole fondre en larme comme ça devant un inconnu…

Voilà pourquoi cette journée, ces hommes, ce pays nous a mis une telle claque?

Il y a de belles choses à voir en voyage, comme au Cambodge, de magnifiques paysages, une population souriante… Mais malheureusement dans notre monde, il y a tellement de pays qui ont vécu tout récemment des choses douloureuses et des guerres… et le Cambodge n’est pas en reste. Si vous allez au Cambodge et que vous parlez un peu aux gens, vous serez surpris par leur besoin de parler avec vous de cette période. J’ai pas envie de vous dire : Aaaah c’est génial de partager ces discussions avec les Cambodgiens, parce que franchement, ça n’aurait jamais du exister, et c’est dur d’entendre des choses pareilles. Mais c’est aussi pour ça qu’on voyage, pas seulement pour profiter des atouts d’un pays… on le prend aussi avec son histoire et ses défauts. Non seulement cela nous ramène à notre propre condition, mais surtout, le fait de parler de ces moments là avec la population sans tabou, est très important pour limiter le risque de rechute. Je suis convaincu que c’est en communiquant, en partageant nos différents points de vues que le monde s’améliorera. Je parle de petites actions modestes qui peuvent paraître insignifiantes.

Enfin je pense que vous m’avez comprise, j’ai vraiment du mal à trouver les mots pour exprimer ce que nous avons vécu ce premier Janvier.

Nous remercions, encore une fois chaleureusement Keo et Piseth de nous avoir fait visiter ce musée et rencontrer cet homme. 

ANGKOR J1-105


Infos pratiques

Pour le chauffeur de Taxi je vous donne les coordonnées de notre ami, il faut compter entre 40 et 45 dollars pour une journée de taxi et visite des temples d’Angkor, si vous êtes en famille ça peut valoir le coup surtout pour le confort.

Mr Piseth : Sa page facebook | (+855) 81 97 87 97 / 92 90 91 77

Le musée ‘Cambodia War Remnant Museum’

Entrée : 6 dollars + donation de votre choix

Le site internet et coordonnée : http://warrmc.com/

Qui a écrit cet article

Marie-Laure Valat
Je partage avec vous mes récits et mes bons plans voyages que j'effectue avec Carole. Webdesigner de métier, j'ai découvert le blogging durant notre premier voyage en sac à dos en 2013. L'aventure continue!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

Partages
Carnet de voyage, photos de voyages, conseils voyageurs, vidéos de voyage à travers le monde par deux blogueuses voyageuses.